Numéros parus « Numéro 7 - L'énigme du régicide «
Alfred Adler, Considérations anthropologiques sur la question de l’État en Afrique
Ce n’est que récemment que l’État est devenu universel et que le moindre espace de la planète – et donc aussi en Afrique noire – est sous la juridiction au moins formelle d’un État. Que recouvre cette forme politique qui nous semble si familière mais que nous aurions du mal à définir de manière univoque ? Pour répondre à cette interrogation, Alfred Adler redéfinit les contours du politique en scrutant les différentes formes de pouvoir que les enquêtes de terrain et la réflexion théorique des ethnologues ont répertoriées en Afrique noire depuis plus d’un siècle : les lignages fondés sur la parenté, les clans, les systèmes de classes d’âge, les associations, la chefferie et la royauté. C’est cette dernière qui retient plus particulièrement son attention dans cet article. À partir des recherches qu’il a effectuées auprès des Moundang du Tchad, il entreprend d’analyser la pratique du régicide rituel et met en relief l’importance des valeurs religieuses et mystiques associées à la fonction d’autorité. Le roi divin possède dans son être physique et spirituel un pouvoir sur la nature et sur l’ordre du monde. La pensée et le rituel moundang incitent Alfred Adler à établir un rapprochement entre la mise à mort du roi et la tenue du camp d’initiation dont la circoncision est le moment clé. Il en vient ainsi à prendre en considération une autre voie pour acquérir du prestige et de l’autorité au sein de la société qui est celle des maîtres des confréries d’initiation. Les tensions entre ces deux structures du pouvoir, l’institution initiatique et la royauté, sont l’objet de son analyse. Néanmoins, celle-ci n’est tout à fait complète que si elle prend en compte une troisième instance, source de force et de puissance au coeur de ces sociétés : la sorcellerie.
Anthropological Considerations on Statehood in Africa
The central focus of this issue of Incidence is provided by an article by Alfred Adler which examines the notion of “statehood” in modern Africa. Statehood as a global phenomenon is of relatively recent date, even so, there is no point on the planet that is not, at least nominally, under the formal jurisdiction of some State. This of course includes Black Africa. As familiar as we are with the general idea of the “State”, we still have great difficulty defining the concept unequivocally. Just what falls under the heading of “Statehood” ? Examining over a hundred year’s worth of ethnographic field work and theoretical reflection on the various forms of power in Black Africa, Adler answers this question by redefining the “political”, commenting on such phenomena as “lineage”, “sib”, “age classes”, “chiefhood” and “royalty”. The latter is of particular interest to Adler. Drawing upon his own fieldwork among the Moundang of Chad, Adler analyses the practice of ritualized regicide, insisting upon the religious and mystical values associated with authority. Within his physical and spiritual being, the “divine king” possesses power over nature and the world order. Moundang beliefs and rituals come together, as Adler sees it, in the association of regicide with the initiation ceremony, of which circumcision is the key component. A second pathway to societal prestige and authority is thus posited: that of the masters of initiation. Adler’s analysis focuses on the power struggle between structures of initiation and royalty. His analysis would not be complete, however, without taking into account a third source of power which resides at the heart of these societies: witchcraft.

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