Numéros parus « Numéro 2 - Le déni de réalité «
La fête des autres
Le caractère novateur de cet essai ressort de sa thématique principale : faire apparaître une classe de rites où le besoin qu'ont les initiés (ou des sortes d'« initiés ») d'installer les non-initiés (surtout les enfants) dans une forme de croyance illusoire laisse dans l'inexprimé ce qui, par le biais de cette crédulité, s'offre aux premiers comme support pour maintenir leur propre croyance. À travers ces transactions entre générations, c'est donc un certain mécanisme de la croyance qui est enjeu.
Dans une analyse d'abord synchronique, Lévi-Strauss compare nos rites de Noël avec les rites initiatiques hopi, ce qui lui permet de mettre en relation la forme d'opposition duelle entre initiés et non-initiés avec une opposition entre les morts et les vivants. De façon complémentaire, une lecture diachronique fait apparaître, par l'observation dans nos sociétés des célébrations de Noël à des périodes historiques différentes, une modification dans les régimes de notre propre croyance aux morts à travers une relation avec eux pacifiée, mais qui soulage et masque, par le rite des cadeaux aux enfants demandeurs et crédules, une crainte de la mort vécue comme une privation irrémédiable.
Cette réflexion de Lévi-Strauss ne peut manquer d'évoquer celle d'Octave Mannoni dans deux essais à peine postérieurs d'une dizaine d'années, qui enrichit l'analyse d'un tel dispositif symbolique appuyé sur la crédulité entretenue chez l'Autre en le pensant au moyen du concept de déni, d'origine freudienne, mais cela pour s'ouvrir à des courants de pensée et à des expériences qui sortent du domaine de la psychanalyse.
par Michel Cartry

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